SFMS - Société Francophone de Médecine Sexuelle

Bulletin d'information - Avril / Mai 2013 - n°35

WISH: Appel à pétition pour la reconnaissance du droit  pour les femmes à une Médecine Sexuelle performante, incluant l'accès à des traitements adaptés

Jacques Buvat et Odile Buisson

Sans que nous nous soyons le moins du monde concertés avec le Pr Lequeux, cet appel à pétition rejoint le thème de son éditorial. C'est en Mars 2013 que l'International Society for Women's Sexual Health (ISSWSH ) a lancé, au cours de son congrès annuel, la pétition WISH que nous vous proposons de signer en ligne. Cette pétition part des constatations développées par le Pr Lequeux dans son éditorial d'un véritable sexisme des autorités de santé, au moins Américaines, concernant la Médecine Sexuelle. On ne peut contester qu'une proportion importante des femmes souffre de dysfonction sexuelle. Des études épidémiologiques sérieuses ont rapporté dés les années 90 une prévalence globale des problèmes sexuels de 41 à 43% chez les femmes de plus de 18 ans (1-3). A vrai dire il ne s'agissait pas stricto sensu de dysfonctions sexuelles selon la terminologie du DSM IV TR qui exige l'association au trouble sexuel d'une souffrance personnelle qui y soit relatée. Ceci peut expliquer en partie les polémiques parfois violentes qu'ont suscité les publications de ces chiffres et les accusations régulières émises depuis plus de 10 ans de pathologies inventées par l'industrie pharmaceutique pour vendre ses médicaments (4). Ces accusations ont pu influencer négativement l'opinion générale et celle des agences du médicament. On peut comprendre qu'on critique l'intention de traiter le problème sexuel d'une femme qui ne s'en soucie pas, et on peut reprocher aux auteurs de cette pétition d'avoir de nouveau fait référence au chiffre global des troubles sexuels féminins plutôt qu'à celui des seuls troubles associés à une souffrance.

Les études épidémiologiques qui ont pris en compte la souffrance personnelle ne l'ont effectivement trouvée que chez environ la moitié des femmes rapportant un trouble sexuel (5). La prévalence des véritables dysfonctions sexuelles définies par l'association d'un trouble sexuel et d'une souffrance qui lui est relatée atteint tout de même dans une étude Américaine récente 22% de femmes souffrant donc de leur trouble sexuel parmi la population féminine des USA (pour un total des femmes rapportant un "problème sexuel" atteignant de nouveau 43%). Or il est certain qu'au moins aux USA le développement de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité dans les dysfonctions sexuelles féminines dans des études en double insu contre placebo s'est avéré un véritable parcours d'obstacles, et que plus de 30 ans après la mise en évidence de la fréquence des problèmes sexuels féminins un seul de ces médicaments obtenu (voici moins de 2 mois) l'autorisation de mise sur le marché. Certains des experts qui ont participé aux discussions avec la Food and Drug Administration évoquent un climat général de parti pris qui n'a pas été rencontré, au moins à ce degré, lors de la soumission des dossiers de médicaments destinés à traiter les problèmes sexuels masculins.

Le "board des directors" (conseil d'administration) de l'ISSWSH a encouragé chacun, et plus particulièrement pour ce qui concerne l'Europe et le monde Francophone Odile Buisson, notre représentante à son niveau, à participer activement à la diffusion de cette pétition que vous trouverez en ligne à l'adresse www.yourvoiceyourwish.com  où nous vous encourageons à la signer (voir son texte ci-dessous). Ce d'autant plus que les détracteurs de la réalité des dysfunctions sexuelles féminines en tant que problème pathologique viennent de reprendre du poil de la bête avec la très récente approbation du SERM Osphena aux USA dans l'indication des dyspareunies post-ménopausiques par atrophie vulvo-vaginale (voir compte-rendu du congrès de l'ISSWH dans le numéro 34 de notre Bulletin électronique), mettant de nouveau en cause la réalité de cette pathologie, tout comme l'honnêteté des experts Américains du fait de leurs liens avec l'industrie pharmaceutique (6).

www.yourvoiceyourwish.com

Références

  1.  Read S, King M, Watson J. Sexual dysfunction in primary medical care: prevalence, characteristics and detection by the general practitioner. J Public Health Medicine, 1997; 19: 387-91
  2.  Dunn KM, Croft PR, Hacqkett G. Sexual problems: a study of the prevalence and need for health care in the general population. Family Practice 1998; 15: 519-24
  3.  Lauman EO, Paik A, Rosen RC. Sexual dysfunction in the United States: prevalence and predictors. JAMA 1999; 281: 537-44
  4.  Moynihan R. Education and Debate:The making of a disease: female sexual dysfunction. British Medical Journal, 2003; 326:45
  5.  Shifren JL, Monz BU, Russo PA, Segreti A, Johannes CB. Sexual problems and distress in United States women: prevalence and correlates. Obstet Gynecol 2008; 112: 970-8
  6.  Block J. Will this pill fix your sex life? Big pharma's campaign to hype-and treat-women's sexual dysfunction. Newsweek 2013 April 30

Carte de présentation en Français

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