12ème congrès de l'International Society of Sexual Medicine(ISSM)

Echo des Congrès

12ème congrès de l'International Society of Sexual Medicine (ISSM)

L’amour: rien que des hormones et des neurotransmetteurs?

Une page sortie des oubliettes du Congrés biennal de l’International Society for Sexual Medicine, Le Caire, Egypte, Septembre 2006.

Jim.G Pfaus, Montréal. Neurobiologie de l’amour (Conférence d’actualité).

Compte rendu par Jacques Buvat, Lille, France

« L’amour est un sale tour qu’on nous joue pour assurer la perpétuation de l’espèce » (W Somerset Maugham 1949).

On peut décrire l’amour comme une affection intense pour l’autre, associée à un désir intense, de la passion, de l’enthousiasme et de la dévotion. Une personne amoureuse peut difficilement penser à autre chose qu’à l’objet de son désir, ce qui en bien des points ressemble à la focalisation émotionnelle des toxicomanes. Les liens émotionnels sont si forts que les amoureux semblent prêts à sacrifier leur propre vie pour l’objet de leur amour, et peuvent le faire dans des accès de dépression si la personne aimée s’éloigne brutalement.

Pourquoi la Nature nous fait-elle vivre des émotions aussi extrêmes ? Quelle sorte de chimie existe-t-il dans notre cerveau pour rendre ces émotions si contraignantes et fascinantes ? On peut observer des rudiments d’amour sentimental et parental chez tous les mammifères, et ceux-ci interviennent dans la formation des couples et dans les liens parentaux qu’on observe aussi bien dans les espèces monogames telles que les campagnols que dans les espèces polygames telles que les rats. L’utilisation de modèles animaux de la formation des liens affectifs et de la préférence pour un partenaire, ainsi que du comportement parental, fournit un début de réponse à ces questions. L’attachement au partenaire et à la progéniture permet en effet la survie de l’espèce. Les mécanismes qui conditionnent l’attachement au partenaire débutent par l’activation des systèmes opioïdes cérébraux pendant l’excitation et la satisfaction sexuelles, permettant le « sexual reward », la récompense sexuelle, particulièrement lors des premières expériences sexuelles de l’individu. Cette activation joue un rôle critique, et va être à l’origine d’un renforcement de l’attachement en fonction de caractéristiques spécifiques d’un individu Cette focalisation de l’attirance requiert aussi un niveau d’excitation suffisant, dépendant de systèmes noradrénergiques ascendants, et un renforcement de la motivation dépendant des systèmes dopaminergiques méso-limbiques. L’activation des systèmes neuropeptidiques hypothalamiques à ocytocine et vasopressine et le système limbique joue également un rôle critique dans la formation des préférences stables et durables qui caractérisent l’attachement au partenaire dans les espèces monogames.

L’activation des systèmes hypothalamiques à mélanocortine par des stimuli spécifiques du partenaire préféré joue aussi un rôle dans l’amorçage de l’excitation sexuelle et du désir, tandis que l’activation des systèmes hypothalamiques à GnRH par les mêmes stimuli augmente l’efficacité de la fonction reproductrice.

Il est intéressant de noter que tous les mécanismes qui conditionnent l’attachement à un partenaire donné peuvent également être activés par la satisfaction sexuelle chez des espèces polygames comme le rat. Ceci suggère que ces stratégies reproductives s’adaptent de façon spécifique aux particularités environnementales qui prédisent une récompense sexuelle. Par exemple, chez les rats mâles, le conditionnement survient pendant la période réfractaire post-éjaculatoire, tandis que chez les rattes, il survient pendant la copulation au cours de laquelle la femelle contrôle par son attitude lordotique le degré de contact physique avec le mâle. Ceci suggère donc une plasticité de la fonction reproductive et du choix du partenaire beaucoup plus importante qu’on ne l’imaginait par le passé.

L’établissement des liens parentaux met également en jeu tout un ensemble d’événements neuro-chimiques sous-tendus par la notion de récompense, et conditionnant les comportements ultérieurs d’attention et la focalisation émotionnelle. Mais les stimuli qui induisent ces effets sont différents de ceux qui induisent la préférence sexuelle pour un partenaire, ce qui permet au cerveau de différencier les réponses s’adressant aux partenaires sexuels de celles qui s’adressent à la progéniture.

Enfin, des différences spécifiques tant de l’espèce que de l’individu interviennent dans l’activation de ces mécanismes conditionnants. Elles semblent rendre compte d’une grande part de la variance individuelle dans l’intensité des liens au partenaire, ou aux parents et à la progéniture. Des différences individuelles du même type pourraient aussi expliquer les différences individuelles à la susceptibilité à la toxicomanie.

Mis à jour le 8 mai 2009