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Qui sont les asexuels ?

Prausen et Graham CA, A sexuality : classification and characterization, Arch Sex Behav 2007 ;36 :341-346

Analysé par Dr Jacques Buvat, Lille, France

Cet article de l’institut Kinsey rapporte deux enquêtes ayant cherché à préciser la notion d’asexualité. Ce terme n’existe pas dans le DSM-IV, qui ne définit que le désir sexuel hypoactif. Or un groupe dont les membres s’identifient comme « asexuels » s’est manifesté de plus en plus souvent sur Internet depuis quelques années. La première étude, qualitative, a porté sur 4 individus recrutés par voie de presse et qui s’identifiaient comme asexuels. Elle a permis d’élaborer la trame de la seconde étude, quantitative, qui a porté sur 1146 individus non sélectionnés ayant répondu à l’invitation d’une étude en ligne sur la sexualité, parmi lesquels 41 se sont identifiés asexuels. Les 1146 individus, asexuels, hétérosexuels ou homosexuels, ont rempli différents questionnaires évaluant leur histoire sexuelle, leurs désirs, inhibitions et excitation sexuels, et un questionnaire ouvert concernant l’identité asexuelle. La conclusion a été que les individus qui s’identifient comme asexuels rapportent significativement moins de désir pour une activité sexuelle avec un partenaire, ont une excitation sexuelle plus faible, mais ne diffèrent pas de façon manifeste des non–asexuels dans leur score d’inhibition sexuelle ou leur désir de se masturber. Les données de cette étude sont en faveur du fait que la principale caractéristique prédisant l’identité asexuelle est un désir sexuel faible.

L’étude n’a pas montré de prépondérance masculine ou féminine. Bien que les asexuels n’expriment pas beaucoup d’intérêt à parler à un professionnel de la santé de leur désir sexuel faible, ils se montrent préoccupés par leur particularité : ils y voient un obstacle à l’établissement de relations de couple intimes. Ils ressentent aussi une perception négative de l’asexualité par le grand public. Ils imaginent manquer certains aspects positifs de la sexualité, et ils aimeraient beaucoup connaître la cause de leur asexualité. Mais ils décrivent aussi des avantages à cette situation : éviter les problèmes habituels aux relations intimes, diminuer le risque de maladie sexuellement transmise ou de grossesse non désirée, être moins exposé à des pressions sociales pour trouver des partenaires appropriés, et avoir plus de temps libre. Leur problème se pose plus au niveau du désir qu’à celui de l’expérience sexuelle, qui est souvent notable du fait de diverses motivations sociales ou relationnelles. Dans leur conclusion, les auteurs théorisent sur le rôle possible, outre de facteurs psychologiques à déterminer, d’un défaut « d’allumage » (kindling) d’origine biologique, évoquant le modèle des rats sexuellement amorphes, qui ferait que les asexuels auraient un seuil excitatoire sexuel plus élevé que les autres individus. Beaucoup d’eau risque de passer sous les ponts avant que cette hypothèse puisse être confirmée !

Mis à jour le 2 mai 2009