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Santé Sexuelle Féminine

Effets du traitement par la testostérone du désir sexuel hypoactif: quelle signification Clinique ?

(Evaluation of the Clinical Relevance of Benefits Associated with Transdermal Testosterone Treatment in Postmenopausal Women with Hypoactive Sexual Desire Disorder (Kingsberg S et coll, J Sex Med 2007 ; 4 : 1001-1008).

Analyse par Michèle BUVAT-HERBAUT, Lille, France

Cette étude de phase III a inclus 32 femmes en post-ménopause chirurgicale, (hystérectomisées et ovariectomisées). L’étude a été menée en collaboration avec les laboratoires Procter et Gamble et a utilisé leur patch transdermique diffusant 300 µg/jour de testostérone pendant six mois. Ont été menées deux études multicentriques en double aveugle : patchs à la testostérone versus patchs placebo. Trente deux des patientes ayant terminé les 24 premières semaines ont été interrogées, avant l’ouverture du code de randomisation, quant au fait qu’elles estimaient significatif ou non le bénéfice tiré de leur traitement. Cet interrogatoire a été fait de façon standardisée par téléphone.

Au total, 52 % des femmes recevant des patchs à la testostérone ont rapporté avoir bénéficié d’une amélioration significative contre 31 % de celles qui prenaient le placebo. Les critères d’âges, de niveaux d’études, d’origine raciale, etc … rendaient les groupes homogènes et comparables. Parmi les femmes qui rapportaient une amélioration significative, l’augmentation de la fréquence par 4 semaines des rapports sexuels satisfaisants comme le score de désir étaient significativement plus élevés et le score de détresse personnelle significativement diminué par rapport aux femmes qui ne se jugeaient pas améliorées de façon significative. L’augmentation de la fréquence par 4 semaines des activités sexuelles satisfaisantes atteignait ainsi 4.4 chez les premières, alors que parmi les femmes qui disaient n’avoir pas été améliorées, l’augmentation moyenne de l’activité sexuelle satisfaisante n’était que de 0.5. Chez les 52% de répondeuses significatives l’augmentation du score de désir était de 12.9 et la diminution du score de détresse de – 8.8.

Les auteurs concluent en disant que cette étude confirme l’efficacité des patchs à la testostérone chez des patientes ménopausées chirurgicalement et qui ont un désir sexuel hypo-actif. L’importance de l’effet placebo ne les étonne pas, tant la dysfonction sexuelle féminine est complexe. Cette étude permet par ailleurs de se faire une idée plus précise du bénéfice des patchs, chez les femmes qui se jugent significativement améliorées. L’effet maximal d’efficacité est atteint à la 12ème semaine, et le maintien de cette réponse bénéfique est constaté à la 24ème semaine.

Chez 50 à 60 % des femmes incluses dans cette étude, le bénéfice est quatre fois plus important que lorsqu’on considère la population d’ensemble où il n’est que de + 1 acte sexuel satisfaisant par 4 semaines.

Remarques :

  •  les effets secondaires ne sont pas détaillés mais ce n’était pas l’objectif de cette étude.
  •  les patchs à la testostérone utilisés dans cette étude correspondent à ceux que Procter et Gamble commercialisent en France. Leur AMM est actuellement limité aux femmes souffrant d’un désir sexuel hypo-actif (DSH) en post-ménopause chirurgicale (c’est-à-dire un créneau étroit) sachant que le laboratoire espère obtenir une extension du visa aux femmes ménopausées naturellement et souffrant également de désir sexuel hypo actif. 2.
  •  différentes études menées chez des femmes ménopausées chirurgicalement et présentant un DSH non amélioré par le seul traitement estrogénique, et traitées par de la testostérone (formes orales ou implants), ont confirmé l’efficacité de la testostérone sur ce symptôme mais dans certains cas à condition d’atteindre des taux circulants supérieurs à la normale
  •  d’autres études ont évalué le traitement par patchs à la testostérone associé à un traitement estrogénique per os et il s’est avéré qu’un apport de 300 µg/jour de testostérone était nécessaire pour améliorer la fonction sexuelle
  •  une étude de Davis publiée en 2006 a rapporté l’effet positif d’un patch à la testostérone chez des femmes porteuses par ailleurs d’un patch transdermique d’estrogènes. On ne connaît pas bien le mécanisme de l’action des androgènes sur la sexualité féminine : augmentation de la fraction libre des estrogènes par leur impact sur la liaison des stéroïdes à la SHBG ? Aromatisation centrale de la testostérone ? …
  •  nous ne disposons pas pour l’instant d’études à long terme sur l’innocuité de l’utilisation d’androgènes qui pourraient potentiellement être cancérigènes pour le sein et avoir des conséquences cardiovasculaires négatives.
Mis à jour le 30 mai 2009