Santé Sexuelle Féminine

Chez la Femme, des Dysfonctions Sexuelles ne semblent pas comme chez l'Homme, révélatrices d'une pathologie cardio-vasculaire infraclinique.

McCall-Hosenfeld JS et coll. Sexual satisfaction and cardiovascular disease : the Women’s Health Initiative. Am J Med. 2008 ;121: 95-301.

Analyse par le Dr Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

Les troubles sexuels féminins sont très fréquents et affecteraient par exemple 43 % des femmes aux Etats-Unis. Ils touchent particulièrement les femmes ménopausées. Cependant, ces troubles ont été moins étudiés que les troubles sexuels masculins, peut-être parce qu’ils sont moins exprimés et mesurables que chez l’homme.

A l’inverse, la dysfonction érectile (DE) a été largement étudiée, particulièrement en ce qui concerne ses aspects épidémiologiques et pronostiques. C’est ainsi que sa fréquente association avec les pathologies cardio-vasculaires a été mise en évidence. La DE s’est révélée pouvoir constituer le signe d’une pathologie cardio-vasculaire infra-clinique et en particulier d’une maladie coronarienne non encore exprimée. Les auteurs de cet article se sont posés la question d’une relation semblable entre dysfonctions sexuelles féminines et maladies cardio-vasculaires. Pour y répondre ils ont utilisé la base de données de la célèbre Women’s Health Initiative (WHI) study, qui en évaluant l’impact du traitement hormonal chez les femmes ménopausées à l’aide d’une méthodologie en double insu contre placebo à sonné le glas du traitement substitutif de la ménopause. On sait qu’une augmentation significative des accidents vasculaires (et dans cancers du sein) a été observé dans le groupe traitement hormonal, qui pouvait en partie s’expliquer par un début tardif du traitement substitutif (moyenne proche de 60 ans), une proportion très élevée d’obésités, et l’utilisation de traitements hormonaux désuets (oestrogènes conjugués équins et acétate de médroxyprogestérone).

Les femmes sexuellement actives incluses dans cette étude, ont été réparties en deux groupes (satisfaites :S ou non satisfaites : NS) en fonction de leur satisfaction sexuelle dans l’année qui précéda l’étude. Les données recueillies ont été soumises à une analyse statistique objective (analyse multi variée du type régression logistique multiple). L’analyse concernait essentiellement les variables suivantes : 1) état cardio-vasculaire basal 2) survenue en cours d’étude d’un infarctus du myocarde (IDM) ou 3) d’un accident vasculaire cérébral (AVC) 4) d’un geste de revascularisation myocardique 5) d’une artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) 6) d’une insuffisance cardiaque 7) ou d’un angor. Une analyse complémentaire (par la méthode des risques proportionnels de Cox) a été réalisée afin de rechercher une éventuelle association entre satisfaction sexuelle à l’état basal et risque de maladie cardio-vasculaire en base ou au cours du traitement par hormones ou par placebo.

Dans le groupe des patientes NS, la prévalence de l’AOMI s’est révélée plus élevée (risque relatif (RR) 1.44 versus groupe S). Par contre, aucune association significative n’a été mise en évidence entre le groupe NS et les autres variables précédemment citées (c'est-à-dire les autres pathologies cardio-vasculaires). De plus, le risque d’angor s’est avéré plus faible dans le groupe NS (RR estimé à 0.77 versus groupe S). En réalité, quelque soit les analyses pratiquées et quelque soit le type d’ajustement statistique utilisé, aucune relation entre la satisfaction sexuelle et le risque de maladie cardio-vasculaire quelqu’en soit la forme ne s’est avérée statistiquement significative.

A vrai dire cette analyse a été aussi mal pensée que le reste de la WHI ! Si l’on peut imaginer que des troubles de l’excitation, dans son sous type excitation physique, pelvienne, et particulièrement des troubles de la lubrification puissent avoir une valeur prédictive vis à vis des pathologies cardiovasculaires, puisqu’ils constituent dans certains cas des équivalents de la dysfonction érectile masculine, via une vasculopathie ou au moins une dysfonction endothéliale des vaisseaux pelviens, on ne voit pas comment les autres dysfonctions féminines qui sont source d’insatisfaction sexuelle comme le désir sexuel hypoactif ou les troubles de l’orgasme pourraient se rattacher à la maladie vasculaire ! Il aurait fallu choisir un autre critère sexuel, essentiellement le trouble de la lubrification. En tous cas nous pouvons rassurer nos concitoyennes : leur absence de satisfaction sexuelle ne les expose pas à mourir plus vite d’un infarctus du myocarde, ce qui ne doit pas pour autant les faire renoncer à se faire aider à cet égard !!

Mis à jour le 30 mai 2009