Santé Sexuelle Féminine

Les bougies dilatatrices vaginales peuvent-elles contribuer à améliorer les vestibulodynies ? Résultat d’une étude d’observation multicentrique

D’après F. Murina et coll, Medscape J Med 2008

Analysé par Michèle Buvat-Herbaut, Lille, France

But de l’étude : Evaluer l’efficacité de l’utilisation d’un kit Amielle Comfort ? dans la prise en charge thérapeutique d’une vestibulodynie.

La vestibulodynie correspond au Vulvo-Vaginal Syndrom des anglo-saxons. Cette pathologie était classiquement nommée chez les francophones « dyspareunie superficielle» : douleur localisée, constante ou non, lors de la pénétration pénienne ou lors de l’usage de tampons. La douleur est strictement localisée au niveau de la vulve, du vestibule, du clitoris, du vagin ou du plancher pelvien. Les symptômes peuvent être des brûlures, des irritations, prurit et douleurs. L’étiologie est rarement établie précisément.

Pour certains auteurs, il pourrait exister un substratum neurologique augmentant la perception douloureuse. De nombreux traitements ont été utilisés : locaux, par voie orale, techniques de biofeedback et même recours chirurgical.

L’interrogatoire doit prendre en compte :

  •  le statut métabolique (les femmes diabétiques sont plus à risques d’infections urinaires ou mycosiques)
  •  le statut hormonal dont la privation estrogénique en post-ménopause.
  •  tenir compte des séquelles post-radiothérapiques ou chimiothérapiques de cancers locaux.
  •  rechercher les séquelles d’événements obstétricaux, d’épisiotomies.
  •  pour les neuropathies post-traumatiques : les sports à risque (comme le cyclisme et l’équitation).

L’examen clinique est fondamental pour constater des vulvites mycosiques, un herpès, un lichen plan …

Il faut également prendre en compte le score de dépression.

Cette étude italienne (Hôpital Buzzi, Milan) a concerné 15 femmes, qui avant l’utilisation du kit Amielle Comfort ?, avaient bénéficié d’un ou plusieurs autres traitements pour leur vestibulodynie.

L’analyse des résultats a utilisé l’échelle de Marinoff (spécifique des dyspareunies) et une amélioration significative a été obtenue, confirmée par des échelles d’évaluation dont le Female Sexual Function Index (FSFI).

Matériels et méthodes :

Ces 15 patientes ont consulté trois départements différents prenant en charge les douleurs vulvaires. Il y a eu évaluation des critères suivants :

Questions sur la douleur lors de l’insertion d’un tampon ou lors d’un rapport.

Vérification de la sensibilité lors d’un examen de la vulve.

Exclusion d’autres diagnostics.

Symptômes datant d’au moins six mois.

Evaluation après huit semaines des symptômes.

Utilisation du questionnaire FSFI.

La dyspareunie est cotée en grades 0 à 3 selon le score de Marinoff.

Examen de la vulve et culture à la recherche de Candida, Trichomonas, Chlamydia, etc…

Protocole d’utilisation des dilatateurs vaginaux Amielle Comfort ?

Les instructions suivantes ont été données :

  •  insérer dans le vagin le premier (plus petit) dilatateur, en position couchée sur le dos, aussi profondément que possible et le laisser en place pendant 10 minutes. Réaliser trois séries de huit mouvements intra-vaginaux sans sortir du vagin (séquence à répéter 3 fois/semaine pendant les semaines 1 et 2).
  •  insérer le premier dilatateur et le laisser en place 5 minutes. Puis, insérer le second dilatateur, et le laisser en place 10 minutes. Réaliser trois séries de huit mouvements intra-vaginaux (à répéter également 3fois/semaine pendant les semaines 3 et 4).
  •  insérer le troisième dilatateur et le laisser en place 10 minutes. Réaliser trois séries de huit mouvements à l’intérieur et l’extérieur du vagin (à répéter 3 fois/semaine pendant les semaines 5 et 6)..
  •  insérer les second et troisième dilatateurs et les laisser en place pendant 10 minutes.
  •  enfin, insérer le quatrième dilatateur et le laisser en place 10 minutes en réalisant une série de huit mouvements à l’intérieur du vagin (à répéter 3 fois/semaine pendant les semaines 7 et 8).

Résultats :

La plupart des femmes, ayant respecté ce protocole, ont constaté une amélioration de leur vulvodynie, qu’il s’agisse de femmes porteuses ou non de pathologies.

La distension du plancher pelvien est très variable. Cette procédure peut améliorer également des femmes qui n’ont pas eu de rapports pendant longtemps (du fait d’une maladie et/ou d’une intervention chirurgicale). Ces femmes ressentent des sentiments négatifs vis-à-vis de la sexualité. Elles développent un rejet des relations avec leur partenaire. Cela correspond au vaginisme « secondaire ».

Les auteurs expliquent que la taille des dilatateurs Amielle Comfort ? débute par un petit diamètre pour augmenter jusqu’à 19 mm, proche du volume pénien. Avec le temps, l’insertion du dilatateur devient facile et le couple est encouragé à reprendre une sexualité.

Commentaires personnels :

  1.  Cette série italienne ne comprend que 15 patientes, c'est-à-dire une série courte.
  2.  J’ai fait partie des médecins spécialistes consultés sur la conception du kit Amielle (c) dans les années 1990.

Il s’agissait essentiellement de la prise en charge de vaginismes primaires responsables de mariages non consommés. Evidemment les vaginismes secondaires pouvaient être également concernés.

Je n’étais pas d’accord avec les représentants du laboratoire OWEN-MUMFORD qui a d’abord commercialisé le kit Amielle Care (c) dans un premier temps. Les kits incluaient une poignée en plastique pour tenir le dilatateur. Je pense que cela n’est pas souhaitable compte tenu du profil des femmes vaginiques, présentant souvent des signes de la lignée phobique et qui devaient accepter de toucher avec leurs propres doigts leurs organes génitaux externes (OGE), et pas par le subterfuge d’une poignée.

Les kits Amielle Care (c) comportent quatre dilatateurs (les 2 plus petits sont de même calibre que ceux du kit Amielle Comfort (c) ; les deux plus gros sont plus petits : 12,5 cm x 28 mm contre 14 cm x 30 mm et 14 cm x 30 mm contre 16 cm x 35 mm).

Les femmes vaginiques devraient au contraire utiliser un miroir pour visualiser leurs OGE et apprendre à accepter dans leur tête leur propre corps, ou tout au moins sa composante génitale.

Il s’agit bien sûr d’une technique de rééducation de type comportemental. Accepter dans son corps donc dans sa tête des dilatateurs de taille progressive, numérotés avec des calibres bien spécifiés, jusqu’à l’acceptation d’une sexualité avec une pénétration pénienne.

Je regrette que les kits Amielle (c) déjà utilisés depuis plus de 10 années dans différents pays, semblent être une découverte pour cette jeune équipe italienne.

Une autre réflexion est qu’ils n’insistent pas assez sur la nécessité de l’utilisation de lubrifiant pour la rééducation. Que le vaginisme soit primaire, avec forte participation psychologique, ou secondaire après maladie ou chirurgie, la rééducation avec lubrifiant fait gagner beaucoup de temps, en diminuant l’angoisse de la douleur.

Les lubrifiants (KY, Taido, Try...) ne comportent pas d’hormones et peuvent donc être utilisés après des traitements de cancers, même hormonodépendants.

Avant la mise sur le marché des kits Amielle (c), on utilisait pour de telles rééducations, des bougies de Hégar de taille progressive (il s’agit de dilatateurs utilisés pour les dilatations cervicales en obstétrique).