Dysfonction Erectile

Ce n’est qu’avant 60 ans que la Dysfonction Erectile aurait une valeur prédictive significative quant au risque à venir d’évènement vasculaire

Analyse par Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

D’après l’article de : Inman BA et col . MayoClin Proc. 2009;84:108-113.

La Dysfonction Erectile (DE) est fréquemment associée aux maladies cardio-vasculaires (MCV) ou à leurs facteurs de risque.

Depuis quelques années la DE a été considérée par certains auteurs comme un marqueur du risque d’accident cardio-vasculaire ultérieur. Elle serait ainsi un signe sentinelle d’une MCV, particulièrement coronarienne, encore infra-clinique.

Cependant, cette valeur prédictive est controversée par d’autres auteurs qui ne retrouvent pas plus d’évènements cardio-vasculaires chez les patients porteurs de DE que chez ceux sans DE.

L’étude de cohorte récente, présentée par Inman et coll, s’est intéressée à cette question et a tenté d’évaluer plus précisément le risque pour les patients de voir apparaître une MCV lorsqu’ils souffrent de DE.

1402 hommes âgés de 40 à 79 ans (à leur entrée dans l’étude) ont été inclus à partir de1990. Pour chacun d’entre eux, un suivi a eu lieu pendant une dizaine d’années. Ce suivi a comporté en particulier une évaluation de la fonction érectile tous les deux ans par le questionnaire IIEF et une évaluation cardiovasculaire selon un programme de surveillance des maladies coronariennes déjà en place dans leur région.

Résultats

La prévalence de la DE au départ de l’étude était de 2.4% pour les hommes âgés de 40 à 49 ans et 38.8% pour ceux âgés de plus de 70 ans.

Parmi l’ensemble des hommes inclus, 11% ont développé une MCV au cours des 10 ans qui suivent leur inclusion. Les MCV les plus fréquemment enregistrées étaient les coronaropathies confirmées par coronarographie et les Infarctus du Myocarde (IM).

Pour les patients ayant une DE, tout âge confondu, le risque relatif de survenue d’un évènement CV était de 1,8 (IC 95 % ; p=0,002, après ajustement des autres facteurs de risque : diabète, HTA, tabac, poids- IMC).

Mais le résultat le plus intéressant de cette étude fût de constater que le risque de survenue d’une MCV chez les patients souffrant de DE était étroitement dépendant de l’âge. En effet, ce risque relatif était de 2,1 chez les patients âgés de 40 à 49 ans et de 0,6 chez ceux de 70 à 79 ans (après ajustement).

Ce risque diminue donc avec l’âge. Il est significativement plus élevé chez les patients de moins de 60 ans, peu significatif entre 60 et 69 ans et négligeable au-delà de 70 ans.

L’Incidence des évènements cardio-vasculaires par 1000 Personne-Années et par tranche d’âge, chez les patients porteurs de DE au début de l’étude et chez ceux sans DE, est résumé dans le tableau ci dessous ( IC 95%)

Tranche d’âge

lors de l’inclusion

DE lors de

l’inclusion

Pas de DE lors de

l’inclusion

40 - 49

48.52 (1.23 - 269.26)

0.94 (0.02 - 5.21)

50 - 59

27.15 (7.40 - 69.56)

5.09 (3.38 - 7.36)

60 - 69

23.97 (11.49 - 44.10)

10.72 (7.62 - 14.66)

≥ 70

29.63 (19.17 - 43.75)

23.30 (17.18 - 30.89)

Discussion

Cet intérêt prédictif de la DE avait déjà été évoquée par d’autres auteurs et en particulier en 2005 par Thompson (1) qui avait trouvé à la DE la même valeur que les facteurs de risque cardio-vasculaires traditionnels (antécédents familiaux d’IM, tabagisme, dyslipidémie…). Mais il s’agissait alors d’une étude réalisée sur des hommes de plus de 55ans correspondant au groupe placebo de l’essai de prévention du cancer de la prostate par la finasteride.

L‘étude d’Inman retrouve des résultats similaires mais dans une population ayant inclus des patients plus jeunes. L’analyse effectuée par tranche d’âge permet ainsi de mieux préciser la valeur prédictive de la DE qui ne semble significative, dans cette étude, que chez les patients de moins de 60 ans. Les auteurs concluent donc que si avec l’âge la prévalence de la DE augmente, sa valeur prédictive d’une MCV diminue.

Se basant sur cette constatation ils insistent, dans un deuxième article concernant cette étude (2), sur la période qui s’écoule entre la survenue de la DE et les manifestations cliniques de la MCV, durant laquelle, chez les sujets de moins de 60 ans, des examens ciblés (ECG, Echographie Cardiaque, Epreuve d’Effort, voire coronarographie) pourraient dépister cette MCV infra-clinique. Une prise en charge spécifique pourrait alors ralentir son évolution voir la stopper… C’est ce qu’ils ont appelé « fenêtre de curabilité ». Rappelons que cette notion avait déjà été évoquée par Montorsi en 2003 (3)

Cette hypothèse nécessite bien évidemment d’être confirmée. On peut espérer que les futures études s’intéresseront non seulement à dépister la MCV chez les patients souffrant de DE mais aussi à confirmer objectivement l’éventuel bénéfice octroyé par son dépistage chez les patients consultant pour DE, en terme de pronostic, morbidité et mortalité de la MCV.

Références

  1.  Thompson IM et al. JAMA. 2005;294:2996-3002.
  2.  Miner MM. et al. Mayo Clin Proc. 2009;84:102-104.
  3.  Montorsi F et al. Eur Urol. 2003 ; 44 : 360-4