Maladies chroniques et sexualité

Quel est l’impact des facteurs psychologiques sur la fonction sexuelle et la qualité de vie des hommes épileptiques ?

Analyse par Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

D’après Duncan S et coll. Epilepsy Behav 2009 May 4

La prévalence des dysfonctions sexuelles, particulièrement des troubles du désir sexuel (DS) et de la dysfonction érectile (DE), est plus élevée chez les hommes épileptiques que dans la population générale (1-3).

Parmi les causes possibles de ces troubles sexuels, les facteurs psychologiques sont souvent cités.

Cette étude a été réalisée dans le but d’analyser l’impact de ces facteurs psychologiques, et en particulier celui de l’anxiété, de la dépression et de la souffrance psychologique sur la fonction sexuelle des hommes épileptiques et sur leur qualité de vie.

Pour cette étude cas-témoins, les auteurs ont recruté 69 hommes épileptiques, traités par un seul médicament anti-épileptique, et 50 témoins non épileptique.

Leur évaluation a eu lieu par :

  • Des questionnaires spécifiques de la fonction sexuelle, de l’anxiété et de la dépression, et de la qualité de vie (International Index of Erectile Function (IIEF), Hospital Anxiety and Depression Scale(HADS), World Health Organisation Brief Quality of Life Questionnaire(WHOQOL-BREF))
  • Un bilan biologique : dosage de la testostérone totale (TT) et du sulfate de dehydroépiandrostérone (SDHEA)

Principaux résultats :

  • Les niveaux d’anxiété, de dépression et de souffrance (détresse) psychologique étaient plus élevés chez les hommes épileptiques que chez les témoins
  • Le niveau de la qualité de vie était plus faible chez les hommes épileptiques
  • La DE et la diminution du DS étaient plus fréquentes chez les hommes épileptiques
  • La fréquence des crises épileptiques n’était pas corrélée à l’altération de la fonction sexuelle
  • Les auteurs n’ont pas retrouvé non plus de corrélation entre les taux de TT et la fonction érectile chez ces hommes épileptiques. Mais c’est à une diminution de la testostérone libre ou de la biodisponible qu’on aurait pu s’attendre du fait du traitement anti-épileptique.
  • L’analyse en régression linéaire simple montre une corrélation négative significative entre le niveau du désir sexuel et les niveaux d’anxiété, de dépression et de souffrance psychologique
  • Une régression linéaire multiple révèle un impact de ces trois derniers éléments psychologiques sur la qualité de vie des hommes épileptiques tandis que l’altération de la fonction sexuelle et la fréquence des crises épileptiques n’étaient pas significativement corrélées à l’altération de la qualité de vie

Discussion

Cette étude confirme la fréquence plus élevée des dysfonctions sexuelles (troubles du DS et DE) chez les hommes épileptiques que chez les non épileptiques. Les troubles psychologiques (anxiété, dépression) y sont également plus fréquents et semblent jouer un rôle dans la survenue des dysfonctions sexuelles et dans l’altération de la qualité de vie.

D’autres études avaient déjà montré la fréquence des troubles sexuels chez les hommes épileptiques (1-3). Les facteurs à l’origine de ces troubles sexuels restent imprécis. Plusieurs hypothèses physiopathologiques ont été évoquées :

  • Neurologique (3,5): rôle du type d’épilepsie, de sa localisation cérébrale, ancienneté de l’épilepsie, âge de début, sévérité des crises, contrôle sous traitement…
  • Psychologique (1,3) : anxiété, dépression, et le statut psychosocial du patient épileptique
  • Hormonale (1) : hypogonadisme (augmentation de la SHBG par certains médicaments anti-épileptiques, à l’origine d’une diminution des fractions biodisponibles de la testostérone)
  • Iatrogène (4,6): Effet secondaire de certaines thérapeutiques médicamenteuses anti-épileptiques ( par leur effet serotoninergique, et/ou par leur effet inducteur enzymatique accélérant la dégradation des stéroides gonadiques dont les formes bioactives sont déjà réduites par l’augmentation de la SHBG …)
  • Ces différents facteurs pouvant être plus ou moins associés chez le même patient

En réalité, comme dans d’autres pathologies chroniques, il est souvent difficile de distinguer l’impact de la maladie au sens biologique, de celui de ces conséquences psychologiques et enfin l’impact des effets secondaires des ces thérapeutiques médicamenteuses.

Des études complémentaires sont donc nécessaires afin de mieux comprendre l’origine des troubles sexuels chez les hommes épileptiques.

Enfin, il est important de signaler que l’épilepsie est également associée à une prévalence élevée des troubles sexuels chez les femmes (Désir Sexuel Hypoactif, Dysfonction Orgasmique…) (5,6)

En tout cas, cette étude est l’occasion de rappeler l’intérêt d’interroger les patients porteurs d’une maladie épileptiques sur leur fonction sexuelle et de leur proposer, quand nécessaire, une aide spécifique à cet égard.

Références

  1.  Talbot JA et coll Neurology 2008 ;70(16) :1346-
  2.  Rees PM et coll Lancet 2007 ;369(9560) :512-25
  3.  Valles-Antuna C et coll Rev Neurol 2008 ;46(7) :424-9
  4.  Harden CL Seizure 2008;17(2) :127-30
  5.  Zelena V et coll Epileptic Disord 2007 ;9 Suppl 1 :S83-9252
  6.  Harden CL Seizure 2008;17(2) :131-5