Troubles Sexuels Iatrogènes

Dysfonctions sexuelles sous antidépresseurs : quel produit/molécule choisir pour les éviter?

D’après la méta-analyse de Serretti A et al, J Clin Psychopharmacol. 2009

Analyse par les Drs Gilbert Bou Jaoudé et Jacques Buvat, Lille , France

On connaît la fréquence des dysfonctions sexuelles (DS) sous traitements antidépresseurs (AD), évaluée à plus de 50% des sujets traités avec de nombreux produits. Certains AD ont la réputation d’être moins inhibant à cet égard. Mais on ne disposait guère jusqu’à présent de revue actualisée des données objectives qui permette de le confirmer. C’est tout l’intérêt de cette méta-analyse qui a intégré 33 essais cliniques dont 16 en double insu contre placebo, ayant inclus des déprimés des deux sexes. Les DS ont été classées selon la classification nosologique du DSM IV. Il a été tenu compte d’éventuelles dysfonctions préalables au traitement antidépresseur pour ne comptabiliser que celles apparues sous traitement.

L’incidence moyenne des DS fut de 14.2% sous placebo. Des incidences plus élevées (25.8% à 80.3%) furent observées sous les AD suivants, rangés par ordre décroissant d’impact sexuel négatif : sertraline, venlafaxine, citalopram, paroxetine, fluoxetine, imipramine, phenelzine, duloxetine, escitalopram, et fluvoxamine. Par contre l’incidence des DS observées sous les AD ci-après ne fut pas différente de celle observée dans le groupe placebo : agomelatine, amineptine, bupropion, moclobemide, mirtazapine, and nefazodone ce qui en fait les produits de choix à utiliser soit en première intention, soit en remplacement de produits utilisés préalablement s’ils s’étaient avérés perturber la sexualité.

Nous recommandons la lecture de cet article qui détaille l’incidence des DS pour chaque genre et chaque type de dysfonction. Cette méta-analyse n’est pas exempte de biais potentiels, particulièrement du fait qu’on été mélangées des études en double-aveugle avec d’autres études prospectives mais ouvertes, et des études rétrospectives. Il aurait été intéressant de disposer d’une présentation séparée des études en double aveugle, les plus objectives. L’analyse souffre aussi de l’absence d’uniformisation des outils d’évaluation de la fonction sexuelle, qui fait qu’on ne peut comparer sans réserve les scores obtenus avec des questionnaires différents pour l’évaluation d’un critère donné (par exemple le désir). Elle fournit cependant sans aucun doute des repères des plus utiles pour l’activité clinique.

Cet article confirme donc s’il en était besoin la grande fréquence des DS sous antidépresseurs, même après exclusion de celles qui ont été causées par la seule dépression, et fournit une hiérarchie des différents produits en termes de degré d’impact négatif sur la sexualité. C’est l’occasion de rappeler que les patients osent rarement aborder spontanément leurs problèmes sexuels, et que faute d’en avoir tenu compte, il a fallu cinq à dix ans pour réaliser l’importance de l’impact sexuel négatif des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, dans la mesure où cette question n’était jamais abordée par les psychiatres. Ceci fut certainement aussi à l’origine d’interruptions brutales et donc dangereuses du traitement antidépresseur du seul fait du patient qui lui attribuait à juste titre son problème sexuel. N’oublions donc pas d’inclure la question de la fonction sexuelle dans la check-list des effets secondaires potentiels à évaluer systématiquement avec ce type de traitement. Les DS doivent être évaluées non seulement en cours de traitement mais aussi avant de l’initier, et il est aussi important de prévenir de la possibilité d’effets secondaires sexuels et d’expliquer qu’en tel cas des solutions spécifiques et efficaces existent pour les améliorer.