Dysfonction Erectile

Y a-t-il une relation entre la prise de statines et la survenue de dysfonction érectile ?

D’après l’article de Do C et col, Drug Saf 2009;32(7):591-7

Analyse par le Dr Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

Les statines (ou Inhibiteurs de l’HMG-CoA Reductase) occupent une place importante dans la prise en charge des hypercholestérolémies.. Leurs effets secondaires les plus communs sont musculaires (crampes, douleur musculaire voire rhabdomyolyse). La survenue de Dysfonction Erectile (DE) suite à la prise de statine a également été évoquée à travers des cas significatifs mais n’a pas été clairement établie.

C’est dans le but de mieux connaître la relation entre statine et DE que les auteurs de cette étude ont analysé la base de données de la pharmacovigilance en France.

Pour cela, ils ont utilisé la méthode « cas/non-cas » : ont été considérés comme « cas » les patients dont le ou les effets indésirables rapportés avaient impliqué la DE et comme « non cas » les patients dont les effets indésirables rapportés ne comportaient pas de DE .

Les auteurs ont étudiés les rapports datant entre le 1er Janvier 1985 et le 31 Décembre 2006, pour des hommes âgés de 13 à 80 ans. L’association entre la DE et la prise de statines a été estimée en calculant le risque relatif (RR) ajusté, pour chaque statine, avec un intervalle de confiance de 95 %.

Les principaux résultats

  • Parmi les 110 685 rapports sélectionnés, la prise de statines a été identifiée 4471 fois (4 %) dont 51 cas (1.1 %) avec DE. Dans les 106 214 rapports sans prise de statines la DE représente 431 cas ( 0.4 %) (p < 0.0001)
  • Le délai moyen entre le début de la prise de statine et la survenue de DE a été estimé à 62 jours (ce délai était connu pour 19 cas seulement)
  • Dans 56.9 % des cas, la DE s’est amélioré après l’arrêt des statines.
  • L’association DE-Statines a été significative (p < 0.001) pour les statines suivantes : simvastatine (Lodales®, Zocor®) (RR = 2.6 ; IC 95 %), atorvastatine (Tahor®) (3.4) et rosuvastatine (Crestor®) (7.1)
  •  Par contre cette association n’a pas été significative pour la pravastatine (Elisor®) et fluvastatine (Lescor®, Fractal®).
  •  Aucune relation significative n’a été constatée entre la survenue de DE et la posologie de la statine ni la durée d’exposition aux statines.
  •  Par ailleurs, la survenue de DE suite à la prise d’autres médicaments que les statines a été retrouvée pour des thérapeutiques déjà décrites comme pouvant induire une DE : finastéride (14.5), fibrates (3.6) betabloqueurs (1.5) et antidépresseurs tricycliques (2.0) (p < 0.05 pour tous).

Discussion

Malgré ses limitations méthodologiques, cette étude rétrospective suggère une relation significative entre la prise de statine et la survenue (ou l’aggravation) d’une DE.

Mais d’autres études pharmacoépidemiologiques sont nécessaires pour confirmer ces conclusions et surtout pour préciser davantage la prévalence de cet effet secondaire des statines et les éventuels facteurs de risques le favorisant.

Par ailleurs, cette étude nous rappelle l’intérêt d’évaluer la fonction érectile de nos patients avant la mise en route d’un traitement pharmacologique au long cours et celui de les interroger à cet égard après la prise du traitement.