Andrologie

Les symptômes de déficit androgénique apparaissent à partir de taux seuils de testostérone circulante spécifiques de chacun d’entre eux.

(Zitzmann M, Faber S, Nieschlag E. J Clin Endocrinol Metab 2006,91:4335-4343)

Analysé par Dr Jacques Buvat, Lille, France

On n’a pas pu identifier jusqu’à présent un seuil de testostérone (T) plasmatique à partir duquel apparaîtrait l’ensemble des symptômes cliniques du déficit en T lié à l’âge. Pour cette raison les auteurs ont testé l’hypothèse selon laquelle symptômes psychosomatiques et problèmes métaboliques des hommes âgés seraient corrélés au taux de T d’une façon spécifique de chaque symptôme.

L’étude a porté sur 616 consultants consécutifs d’un service d’Andrologie, âgés de 50 à 86 ans. En ont été exclus les hypogonadismes non liés à l’âge, les hommes ayant déjà reçu une androgénothérapie, et ceux ne vivant pas en couple. Les 434 sujets restants ont bénéficié de dosages, parmi lesquels la T totale (TT) et la SHBG, permettant le calcul de la T libre calculée. Les patients ont par ailleurs bénéficié d’un entretien structuré comportant les 10 questions suivantes : 1. Vous sentez vous parfois triste ou déprimé ?, 2. Ressentez-vous une diminution de votre désir sexuel ?, 3. Ressentez-vous une diminution de votre vigueur ?, 4. Manquez-vous de concentration ?, 5. Ressentez-vous des bouffées de chaleur ?, 6. Avez-vous des troubles du sommeil ?, 7. Quelle est votre consommation d’alcool ?, 8. Avez-vous des problèmes d’érection ? (questions spécifiques), 9. Avez-vous des problèmes urinaires ?, 10. Fumez-vous, et combien ? La notion de diabète sucré, connu ou dépisté par le bilan biologique de début d’étude, a par ailleurs été prise en compte.

Les taux moyens de TT et de T libre ont été calculés selon qu’étaient présents ou absents chacun des symptômes ou paramètres précédents, ainsi qu’en fonction du poids. Ils s’avérèrent significativement plus bas en cas de surpoids, ainsi qu’en présence de chacun des symptômes précédents, confirmant leur association au déficit en T, à l’exception des symptômes prostato-urinaires, qui étaient au contraire associés à une T significativement plus élevée.

Les 434 patients ont ensuite été répartis en 6 groupes en fonction de leur taux de T (figure), de façon à ce que les 6 sextiles ainsi définis contiennent des effectifs sensiblement identiques en nombre. Les limites de ces sextiles ont ainsi été pour la TT 0 à 8 nmol/l (0 à 2,31 ng/ml), 8 à 10 nmol/l (2,31 à 2,88 ng/ml) 10 à 12 nmol/l (2,88 à 3,46 ng/ml) 12 à 15 nmol/l (3,46 à 4,33 ng/ml) 15 à 20 nmol/l et plus de 20 nmol /l. La prévalence de chaque symptôme a été calculée dans chaque sextile, et la significativité de l’éventuelle augmentation de prévalence d’un sextile à l’autre a été testée statistiquement.

L’hypothèse de départ selon laquelle il n’existe pas un seuil de T unique pour l’apparition de l’ensemble des symptômes du déficit en T du sujet âgé s’est trouvée confirmée. Sont par contre apparus des seuils spécifiques de chaque symptôme, à partir desquels leur prévalence augmentait de façon significative. Ainsi dans cette étude les prévalences de la diminution de la libido et du manque d’énergie devinrent significativement plus élevées que dans le reste de la population dés des taux de T se situant encore dans la zone normale basse, 15 nmol/l (4.3 ng/ml). Celle de l’obésité augmenta de façon significative à partir de 12 nmol/l. Les prévalences de la dépression, des troubles du sommeil, du manque de concentration et du diabète sucré de type II, y compris chez les sujets non obèses, augmentèrent à partir de 10 nmol/l. Enfin celles des bouffées de chaleur et de la dysfonction érectile (DE) n’augmentèrent significativement qu’à partir de 8 nmol/l. Il est à noter que leurs recherches de corrélations donnèrent des résultats identiques que l’analyse statistique ait pris en compte la TT ou la T libre calculée. Les recherches de corrélations avec les autres données recueillies dans l’étude permirent également de conclure que la DE est un exemple typique de dysfonction composite dans laquelle la dysfonction endothéliale (corrélations entre sa prévalence et le tabagisme, l’hypertension artérielle et le diabète), le déficit en T, et le statut psychologique (corrélations avec la dépression et les troubles du sommeil) jouent des rôles pivot.

La principale conclusion de cet article remarquable est qu’il n’y a pas de relation uniforme entre taux de T et symptômes de déficit androgénique chez les hommes âgés, mais une relation spécifique de chaque symptôme, du fait probablement d’une sensibilité à la T propre à chaque tissu.

Mis à jour le 30 mai 2009