Andrologie

Confirmation d’un facteur génétique dans l’éjaculation prématurée primaire.

Santtila et coll, Prevalence and determinants of male sexual dysfunctions during first intercourse. Journal of Sex Marital Therapy 2009.

Analyse par Jacques Buvat, Lille

Dans cet article exceptionnel les auteurs ont exploré les rôles respectifs des facteurs génétiques et environnementaux à l’origine des dysfonctions survenant lors du premier rapport sexuel des hommes jeunes en réalisant une enquête chez 3186 couples de jumeaux âgés en moyenne de 26 ans. L’enquête a évalué l’éventualité d’une dysfonction érectile (DE), d’une éjaculation prématurée (EP), les facteurs contextuels et les réactions affectives survenues pendant le premier rapport, ainsi que les attitudes parentales vis-à-vis de la nudité et de la sexualité. Le fait d’évaluer des jumeaux permettait de séparer les facteurs génétiques des facteurs environnementaux. Un facteur génétique a déjà été évoqué en ce qui concerne l’éjaculation prématurée et cette méthodologie devait permettre d’en juger de façon plus objective que les études familiales publiées jusque là par Schapiro en 1943 et Waldinger et coll en 1998. Très récemment Jern et coll ont également trouvé des arguments pour une composante héréditaire de l’EP dans une autre population de jumeaux.

L’âge moyen du premier rapport était de 17,7 ans. L’étude a confirmé la fréquence des dysfonctions sexuelles au cours du premier rapport avec une éjaculation ante portas chez 3.7 % des garçons, immédiatement après la pénétration chez 11.8 %, moins d’une minute après la pénétration chez 29.5 %, et une peur d’éjaculer prématurément chez 45.8 %.

En ce qui concerne la DE, dans 7 % des cas, la pénétration fût impossible, dans 9.6 % il y eut insuffisance de maintien empêchant l’éjaculation, dans 18.4 % des problèmes érectiles transitoires et dans 23.4 % une peur de problèmes érectiles.

Une évaluation statistique sophistiquée confirma de façon statistiquement significative une contribution génétique marquée pour l’EP mais pas pour la DE. Le fait que les attitudes parentales aient été plus positives vis-à-vis de la nudité et de la sexualité a été associé à un taux plus faible de dysfonctions sexuelles et à plus d’affects positifs durant le premier rapport. Le fait d’avoir un premier rapport avec une partenaire inconnue, de l’avoir alors que le garçon avait beaucoup bu ou était sous l’effet de drogues récréationnelles, la pression du groupe pour engager ce premier rapport, et la réticence du garçon à ce premier rapport ont été associés à plus d’affects négatifs et moins d’affects positifs pendant le rapport. La survenue d’une DE pendant le premier rapport était également associée à plus d’affects négatifs et moins d’affects positifs.

L’existence d’une contribution génétique importante à l’EP ne signifie pas pour autant que seuls les traitements pharmacologiques soient indiqués dans cette dysfonction. Par analogie, il existe une forte contribution biologique dans la dépression, ce qui n’empêche pas que les psychothérapies se soient montrées utiles pour traiter cette affection, parfois lorsqu’elles étaient utilisées seules, ou plus souvent dans le cadre d’un traitement combiné psychothérapie et pharmacologie. Cet article n’en a pas moins une importance fondamentale pour la compréhension de la physiopathogénie de cette dysfonction certainement plurifactorielle, et pour valider le rôle du traitement pharmacologique dans sa prise en charge.