Andrologie

Une méta-analyse sur la taille du pénis établit des courbes de normalité

Analyse par Nathalie Dessaux, Rennes, France.

D’après l’article de Veale, D., Miles, S., Bramley, S., Muir, G. and Hodsoll, J. (2015), Am I normal? A systematic review and construction of nomograms for flaccid and erect penis length and circumference in up to 15 521 men. BJU International, 115: 978–986.

Nos consultations nous mettent régulièrement face à des hommes mettant en avant la petite taille de leur sexe comme obstacle à la rencontre ou à la satisfaction de leur partenaire. Si l’on est médecin, peut-être proposera-t-on alors un examen clinique, assorti de paroles rassurantes. Lorsqu’on n’est pas de formation médicale, après un questionnement respectueux, on tentera d’appréhender leur difficulté comme une dysmorphophobie, c'est-à-dire comme une pensée irrationnelle, angoissante et obsessionnelle au sujet d’une partie de leur corps. Pour autant, malgré ces mises au point, la mise en confiance posera toujours problème et ces hommes constituent une cible facile pour les charlatans de toutes sortes ou pour la chirurgie esthétique.

Afin d’apporter des données comparatives aux professionnels de santé comme à leurs patients, Veale et ses collaborateurs ont réalisé une méta analyse à partir de 20 recherches récemment menées sur ce thème, soit au total sur une population de plus de 15.500 hommes. Pour être éligibles, les études sélectionnées devaient répondre aux critères suivants :

  •  La mesure du pénis a été effectuée par un professionnel de santé.
  •  L'échantillon étudié comportait au moins 50 participants.
  •  Les participants étaient âgés d’au moins 17 ans.
  •  Les résultats indiquaient une moyenne et un écart-type
  •  Les longueurs de l’état flacide ou érigé ont été obtenues par une mesure sur la face dorsale du pénis, démarrant de la racine (jonction pubo-pénienne) jusqu’à l'extrémité du gland (méat), et dans un contexte où le coussinet adipeux pré-pubien avait été repoussé jusqu’à l'os du pubis.
  •  La longueur du pénis au repos a été réalisée en l’étirant au maximum.
  •  La circonférence au repos ou en érection a été mesurée à la base ou à mi-corps du pénis (et non à partir de la couronne du gland).
  •  Les études ont été publiées en anglais.

Les critères d’exclusion concernaient les études qui incluaient : une anomalie congénitale ou acquise (ex : maladie de La Peyronie, hypospadias, intersexuation, hypospadias, phimosis, antécédent de cancer du pénis ou de la prostate) ; la présence d’une plainte sur la petite taille du pénis ; une demande d’augmentation chirurgicale du pénis ; une dysfonction érectile ; une mesure effectuée par le sujet lui-même ; les mesures effectuées sur des cadavres.

Un schéma graphique, nommé nomogramme, représente la distribution de la taille d'un pénis au repos ou en érection, incluant les variations considérées comme normales. Ce type de schéma est depuis longtemps utilisé pour les courbes de croissance des enfants (poids et taille).

Sur ces schémas, on trouve en abscisses les centiles représentent la répartition de la population masculine. Ainsi, les 50% correspondent à la moyenne soit :

  •  pour la longueur : 9,16 cm au repos et 13,12 cm en érection
  •  pour la circonférence : 9,31 au repos et 11,66 cm en érection

Graphique 1 : longueur du pénis.

Graphique 2 : circonférence du pénis


Implications de ces résultats

  •  La longueur du pénis au repos étiré semble être une excellente estimation de la longueur en érection.
  •  Il existe une "assez faible" corrélation entre la longueur du pénis en érection et la taille du sujet.
  •  Sont définis comme micropénis les pénis dont la longueur est inférieure à 2,5 écarts types en dessous de la moyenne. Dans cette méta analyse, cela concerne des pénis dont la longueur au repos est inférieure à 5,2 cm et en érection inférieure à 8,5 cm. Ces données concernent 0,14 % de la population étudiée.
  •  Seront candidats à une augmentation chirurgicale du pénis les hommes possédant un organe dont la longueur sera inférieure à 6 cm au repos et 9,5 cm en érection [selon les critères de Wessels et al. (1996), soit un pénis dont la longueur, une fois étiré, est en dessous de la moyenne à hauteur de 2 écart-types d’une classe d’âge donnée]. Ces données concernent 2,28 % de la population étudiée.

 Limites de l’étude : Cette méta analyse a été menée à partir d’études européennes ou moyen-orientales en grande majorité, rendant impossible la généralisation trans culturelle ou ethnique. Les données recueillies datent parfois de plus d'une vingtaine d’années.

Commentaires

Il est à noter que l'Académie Nationale de Chirurgie avait mené en 2011 une séance d’étude sur le thème de la chirurgie morphologique du pénis, à visée esthétique (Abraham et Cressey Kanaoui ) ou fonctionnelle (Virag, Lobel et Floresco). Elle avait notamment mis en garde contre les demandes de chirurgie du pénis qui peuvent être superflues. En effet, 85 % des demandeurs de chirurgie correctrice ont un pénis dont la dimension est dans la moyenne. Il est utile d’informer les hommes intéressés sur Les complications qui ne sont pas rares, notamment au niveau sensitif : douleurs résiduelles et insensibilité passagère.

Par ailleurs, ces considérations balistiques contenteront sans doute les patients souffrant d’un syndrome du vestiaire ou d’une dysmorphophobie. Mais qu’en est-il de la perception et/ou de la sensation féminine ? Une étude de Costa, Miller et Brody (2012) a conclu que les femmes qui ont fréquemment des orgasmes dits vaginaux (soit par simple pénétration du pénis dans le vagin sans stimulation clitoridienne associée) préfèrent des pénis plus grands. Ainsi, les femmes interrogées dans cette étude (323 étudiantes Écossaises) se sont-elles remémoré leurs rencontres sexuelles passées avant de répondre à des questions sur leur niveau de satisfaction dans la pénétration vaginale et leur avis sur l’importance de la longueur du pénis dans leur aptitude à avoir un orgasme via cette pratique sexuelle. Les auteurs de cette étude avaient défini une longueur "moyenne" du pénis en érection entre 14,9 cm et 15,5 cm, et leur avaient demandé si elles étaient plus susceptibles d’avoir un orgasme vaginal avec un pénis plus long que la moyenne ou plus court de la moyenne. Parmi les femmes expérimentant uniquement des orgasmes vaginaux (N=160), 33,8% préféraient des pénis plus longs que la moyenne, 60% déclaraient que la taille n’avait pas fait de différence et 6,3% disaient qu’une taille plus longue était moins agréable que plus courte. Les femmes qui ont rapporté le nombre le plus élevé d’orgasmes vaginaux le mois précédent l’étude étaient plus susceptibles de dire que plus long était mieux. Selon les auteurs de l’étude, cela pourrait être en partie dû à la capacité des plus grands pénis à stimuler le vagin dans toute sa longueur, jusqu’au col de l’utérus.

Longueur du pénis et capacités orgasmogènes de la femme sont-elles liées ? Le débat fait rage depuis longtemps, s’appuyant sur des données scientifiques (passage du nerf vague dans les culs de sac vaginaux - Komisaaruk et al., 1996 ; Jannini et al., 2012) ou sexodynamiques (approche sexocorporelle - Desjardins et al., 2010) avec la mise en évidence de l’implication de la musculature profonde vaginale dans les préférences érotiques de certaines femmes.
Rappel : un débat à ce sujet a récemment agité certains de nos membres.

Bibliographie

Costa, R. M., Miller, G. F. and Brody, S. (2012), Women Who Prefer Longer Penises Are More Likely to Have Vaginal Orgasms (but Not Clitoral Orgasms): Implications for an Evolutionary Theory of Vaginal Orgasm. Journal of Sexual Medicine, 9: 3079–3088.

Desjardins, J-Y., Chatton, D., Desjardins, L., Tremblay, M. (2010.) Le Sexocorporel : La compétence érotique à la portée de tous. In El Feki, M. La Sexothérapie. Quelle thérapie choisir en sexologie clinique ? Bruxelles : Éditions De Boeck.

Jannini, E. A., Rubio-Casillas, A., Whipple, B., Buisson, O., Komisaruk, B. R. and Brody, S. (2012), Female Orgasm(s): One, Two, Several. Journal of Sexual Medicine, 9: 956–965.

Komisaaruk, B.R., Bianca, R., Sansone, G., Gomez, L.E., Cueva-Rolon, R., Beyer, C., & Whipple, B. (1996). Brain-mediated responses to vaginocervical Contact stimulation in spinal cord-transected rats: Role ofthe vagus nerves. Brain Research. 708, 128-134.

Wessells H, Lue TF, McAninch JW. (1996). Penile length in the flaccid and erect states: guidelines for penile augmentation. Journal of Urology, 156:995–7.

  Si vous avez des commentaires concernant cet article n'hésitez pas à nous écrire à bulletin@sfms.fr 
Tous les commentaires reçus seront lus et publiés s'il y a lieu dans un prochain numéro du Bulletin.