Maladies chroniques et sexualité

Insuffisance respiratoire chronique et dysfonction érectile

Revue de la literature à propos de l’analyse de l’article “Sexual Function and Obstructive Sleep Apnea-Hypopnea : A Randomized Clinical Trial Evaluating the Effects of Oral-Appliance and Continuous Positive Airway Pressure Therapy” (A. Hoekema, A L Stel, B Stegenga, J H. van der Hoeven, P J. Wijkstra, M F. van Driel, L GM de Bont, J Sex Med 2007; 4: 1153-1162)

Par le Dr Antoine Lemaire, Lille, France

Le syndrome des apnées du sommeil (SAS) est fréquent. Aux Etats-Unis il touche 4 % des hommes et 2% des femmes. Chez l’homme, on l’a souvent trouvé associé à la dysfonction érectile (DE) mais à ce jour la pathophysiologie de cette association reste mal connue.

Le but de l’article d’ Hoekema et coll était d’évaluer la fréquence de la DE chez les hommes avec SAS et de comparer l’évolution de 2 groupes de patients traités soit par un système à pression positive continue (PPC), soit par un système de prothèse endo-buccale portée la nuit. Les paramètres étudiés étaient l’amélioration de l’oxymétrie, la qualité du sommeil, et les variations des scores obtenus à des questionnaires évaluant la fonction sexuelle.

Matériels et Méthodes : L’étude a inclus des hommes âgés de plus de 20 ans et présentant plus de 5 apnées ou hypopnées par heure de sommeil. Les diabétiques et les patients sous bêta-bloqueurs en étaient exclus. Ce groupe de patients a été comparé à 48 témoins sains. Les questionnaires utilisés étaient le GRISS (Golombock Rust Inventory of Sexual Satisfaction), et l’EPWORTH (échelle d’évaluation de la somnolence).

Quarante-sept patients ont été recrutés, dont 22 avec SAS sévère. Tous ont eu une étude polysomnographique initiale puis un tirage au sort leur a attribué soit le système endobuccal soit le système de PPC. Le traitement a été appliqué pendant 8 semaines et à l’issue de cette période, une nouvelle étude polysomnographique a été effectuée. Si les patients gardaient plus de 5 apnées du sommeil, l’étude était prolongée de 4 semaines et à nouveau suivie d’une évaluation polysomnographique. Le protocole a été maintenu jusqu’à ce que le nombre d’apnées soit inférieur à 5 par heure ou qu’il ait diminué de 50% si leur nombre initial était inférieur à 20.

Résultats : L’augmentation de fréquence de la DE)) chez les patients souffrant de SAS fut confirmée dans cette étude (scores de DE et d’insatisfaction sexuelle significativement plus élevés dans le groupe SAS). La durée d’évaluation des traitements fut de 82 jours pour les patients avec prothèse endobuccale et de 76 jours avec le système PPC. Plus de 90% des patients furent améliorés en ce qui concerne leur oxymétrie nocturne et les symptômes non sexuels du SAS, sans différence nette antre les deux types d’appareillage. L’évaluation hormonale réalisée en base trouva un déficit en testostérone dans 6 cas de SAS, dont 5 sévères. Le taux basal de testostérone était inversement corrélé à la sévérité du SAS. Cependant la réévaluation de cette hormone après traitement ne trouva pas de variation significative de son taux. De même la réévaluation par le GRISS ne montra pas de variation statistiquement significative des paramètres sexuels sous traitement pour l’ensemble des cas. Une tendance à l’amélioration de la fonction sexuelle se manifesta cependant en fin d’étude chez les patients avec DE la plus sévère au départ, (corrélation significative entre sévérité de la DE en base et amélioration de la fonction érectile en fin de traitement) sans supériorité de l’un des deux systèmes.

Discussion de l’article et mise en perspective des autres situations d’insuffisance respiratoire chronique: Les auteurs listent dans leur discussion les principaux mécanismes invoqués pour expliquer les troubles sexuels des hommes avec SAS : neuropathie hypoxémique, vasculopathie liée à l’hypertension artérielle nocturne et à l’hyperactivité sympathique, déficit en testostérone, et troubles psychologiques liés au mauvais sommeil.

Cette étude amène à rappeler que la fréquence de l’association DE-Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO), une autre forme d’insuffisance respiratoire chronique a été validée par de nombreux auteurs; la prévalence des DE dans un contexte de BPCO est en moyenne de 75% (1), la fréquence variant, selon les auteurs et la méthodologie, de 25% à 87% (2,3,4). La physiopathologie de cette association reste discutée et est souvent extrapolée de l’amélioration de la DE souvent constatée après traitement du SAS. Ainsi la première hypothèse émise a été que la DE était liée à l’hypoxie nocturne (10) ; mais l’intensité du SAS est aussi à prendre en compte. Il a été rapporté que l’existence d’une DE était associée à un SAS sévère avec un index de perturbation respiratoire supérieur à 40 ; les patients avec SAS léger ou modéré ne présentaient pas plus de DE que les patients sans SAS (6). La baisse d’activité physique constatée chez les patients avec BPCO a aussi été considérée comme une cause de DE ou d’entretien de la DE (1).

On a également évoqué le rôle d’un marqueur inflammatoire, le TNFα qui serait plus élevé chez les patients avec BPCO et DE modérée à sévère (2). L’existence d’une neuropathie a aussi été évoquée chez les patients avec SAS : Fanfulla (5) a montré que les patients avec temps de latence du réflexe bulbocaverneux élevé avaient un taux plus élevé d’apnées.

L’amélioration de la DE après traitement du SAS par le système de PPC n’est pas aussi constante qu’on l’imagine ; selon Perimenis seuls 25% des patients sont améliorés après 6 mois de traitement par PPC; de plus parmi les patients améliorés seuls 2/3 sont réellement satisfaits des progrès de leur sexualité. Pour Li (8), l’amélioration serait constatée après seulement 1 mois de traitement. Margel (9) estime qu’il faut vérifier la compliance au traitement avant de conclure à l’absence d’amélioration de la fonction érectile sous PPC.

A l’ère des IPDE5, on pouvait aussi s’attendre à ce que l’on compare l’évolution de la fonction sexuelle chez les patients traités par PPC seule et chez ceux traités par sildenafil ; l’amélioration a été constatée dans les 2 groupes (50% groupe sildenafil et 25% groupe PPC) mais le score de satisfaction de la fonction sexuelle était plus élevé dans le groupe recevant le sildenafil.

En conclusion cela fait longtemps que l’association SAS–DE a été évoquée mais on voit que sa physiopathologie reste encore mal précisée. La demande d’aide à ce niveau est réelle mais les comorbidités font qu’elle passe malheureusement souvent au second plan.

Références

  1. Erectile dysfunction prevalence and sexual function status in patients with chronic obstructive pulmonary disease. Köseo H ; Ceylan E ; Cimrin HA ; Ozalevli S ; Esen A. J Urol. 2005 ; 174 : 249-352 ; discussion 252
  2. Correlates of erectile dysfunction in moderate-to-severe chronic obstructive pulmonary disease patients. Karadag F ; Ozcan H ; Karul AB ; Ceylan E ; Cildag O. Respirology. 2007 ; 12 : 248-353.
  3. Association between erectile dysfunction and sleep disorders measured by self-assessment questionnaires in adult men. Heruti R ; Shochat T ; Tekes-Manova D ; Ashkenazi I ; Justo D. J Sex Med. 2005 ; 2 : 543-550
  4. Defining association between sleep apnea syndrome and erectile dysfunction. Teloken PE ; Smith EB ; Lodowsky C ; Freedom T ; Mulhall JP. Urology. 2006 ; 67 : 1033-1037
  5. Erectile dysfunction in men with obstructive sleep apnea : an early sign of nerve involvement. Fanfulla F ; Malaguti S ; Montagna T ; Salvini S ; Bruschi C ; Crotti P ; Casale R ; Rampulla C. Sleep. 2000 ; 23 : 775-781
  6. Severe, but not mild, obstructive sleep apnea syndrome is associated with erectile dysfunction. Margel D; Cohen M ; Livne PM ; Pillar G. Urology. 2004 ; 63 : 545-549
  7. The impact of long-term conventional treatment for overlap syndrome (obstructive sleep apnea and chronic obstructive pulmonary disease) on concurrent erectile dysfunction. Perimenis P ; Karkoulias K ; Konstantinopoulos A ; Alchanatis M ; Perimeni PP ; Athanasopoulos A ; Spyropoulos K. Respir Med. 2007 ; 101 : 210-216
  8. Treatment for erectile dysfunction patients with obstructive sleep apnea syndrome by nasal continual positive airway pressure. Li F ; Feng Q ; Zhang X ; Llu Q. Zhonghua Nan Ke Xue. 2004 ; 10 : 355-357
  9. Predictors of erectile function improvement in obstructive sleep apnea patients with long-term CPAP treatment. Margel D ; Tal R ; Livne PM ; Pillar G. Int J Impot Res. 2005 ; 17 : 186-190
  10. Erectile dysfunction, obstructive sleep apnea syndrome and nasal CPAP treatment. Gonçalves MA ; Guilleminault C ; Ramos E ; Palha A ; Paiva T. Sleep Med. 2005 ; 6 : 333-339
Mis à jour le 5 mai 2009