Ejaculation

Techniques de contrôle de l’éjaculation dans l’ancienne Chine

Analyse par François Parpaix, médecin sexologue, France

De l'article de M. Karamanou, T. Demetriou, I. Liappas, et G. Androutsos paru dans Andrologie, Journal de la SALF, 2010; 20:266-272

Résumé

La philosophie érotique de la Chine ancienne:

La phylosophie érotique de la Chine ancienneL’art érotique de la Chine ancienne reposait sur deux positions cardinales, pour répondre aux exigences taoïstes et confucianistes:

  •  la semence de l’homme est sa possession la plus précieuse, source de sa «force vitale»; d’où le blâme sur la masturbation, véritable dilapidation énergétique, sauf abstinence prolongée ou homme privé de présence féminine. Il en va de même pour les «pollutions nocturnes». La fellation et le cunnilingus présentant seulement le risque d’une éjaculation incontrôlée.
  •  satisfaire sa partenaire, tout en retenant le plus souvent possible sa semence, préservant ainsi son énergie yang et la renforçant par la capture de l’énergie yin de la partenaire, d’où les techniques enseignées de contrôle éjaculatoire et de blocage spermatique (coïtus reservatus), garantissant paradoxalement, une meilleure jouissance et un lien amoureux croissant pour la partenaire.

Les ouvrages de l’époque, abondamment illustrés, étaient très consultés, dans une société où la famille était polygamique et où l’homme devait honorer plusieurs femmes dans un temps rapproché.

 

Méthodes de blocage et de compression chinoises;

Méthodes de blocage et de compression chinoisesDans le «Tao de l’art d’aimer» de Wou-hien, le contrôle éjaculatoire occupait la première place autant que la capacité à jouir de façon synchrone. Il se résumait à l’art de jouer des rythmes au cours de la pénétration, à jouer du tonus musculaire, d’une respiration abdominale… en se basant sur les signes du point de non-retour. Les conseils n’ont rien à envier en précision à la majorité des ouvrages érotiques et sexologiques actuels.

Dans le Ts’ien kin yao-fang,on découvre une méthode par laquelle on fait «retourner la semence», selon la théorie du yin et du yang dans l’esprit du Tao, afin de fortifier l’organisme et gagner l’immortalité! Pour bloquer son éjaculation (et non pas son plaisir), l’homme place son index et son majeur de la main gauche sur un point situé entre le scrotum et l’anus, cela pendant trois ou quatre secondes, tout en prenant une profonde inspiration, perdant seulement une faible partie de son érection, tout en laissant son pénis dans le vagin, sans temps mort érotique, ni déranger sa partenaire. Il le gère seul.

L’homme pouvait ainsi honorer toutes ses femmes dans la même nuit sans éjaculer.
Les sensations de gêne ou pression au niveau du scrotum et/ou la sensation de fatigue ou de lassitude sont ressenties au début quand l’homme apprend à contrôler son éjaculation ou si les relations sexuelles se succèdent sans éjaculer auquel cas, ce peut être le signal pour le faire. Le contrôle éjaculatoire était un art comme les autres ne s’acquérant qu’avec la pratique avant de devenir «naturel».

Fréquence de l’éjaculation chez l’homme âgé

     

Il est conseillé que «tout homme doit régler ses émissions selon l’état de son essence vitale et ne devrait émettre sa semence que deux ou trois fois sur dix».

Par nature, avec l’âge, la difficulté réside dans le fait de persuader l’homme d’éjaculer encore moins fréquemment et d’en voir les avantages. Plus l’homme vieillit (50 ans étant un cap), plus il lui est conseillé de réduire sa fréquence d’éjaculation tout en préconisant au contraire une fréquence de relations sexuelles adaptée à sa morphologie, âge et vigueur. Pour le savoir, il lui suffit de tenir compte de sa fatigue et de son temps de récupération.

Discussion

Les auteurs rappellent que les médecins de la Chine ancienne étaient d’authentiques sexologues avant l’heure, aussi observateurs et intuitifs que le sont ceux d’aujourd’hui.

  •  dans la technique de contrôle éjaculatoire… mais en plus simple!
  •  dans le conseil de différer l’éjaculation, bénéfique pour les deux partenaires
  •  dans la non nécessité d’éjaculer systématiquement
  •  dans les bénéfices secondaires de l’acte sexuel (même si les raisons évoquées diffèrent)
     
 

Synthèse personnelle

Outre la poésie des mots, comme le «Pic de jade» et la «Porte de jade», chargés de réalisme, émerge une véritable culture de l’acte éjaculatoire. Les observations sont sidérantes de précision. Leçon d’humilité voir remise en question de nos approches, ou seule la médecine contemporaine scientifique peut désormais apporter un plus. Que validera-t-elle ou infirmera-t-elle des notions subtiles et très élaborées de la médecine énergétique chinoise? Le sperme correspondant à une énergie particulière, elle-même reliée à une énergie dite «ancestrale» (au capital non restituable chaque fois que l’on puise dedans),d’où les techniques pour jouir sans éjaculer.

Nous ne faisons que redécouvrir ce que, quelques milliers d’années plus tôt, une civilisation avait parfaitement observé. Epoustouflant !

Aujourd’hui, après la tyrannie d’une libido et d’une érection disponibles à souhait, émerge de nos exigences érotiques actuelles (que l’on soit jeune, adulte ou senior) la «dictature» d’une éjaculation maîtrisable! Cet article relate comment la sagesse traditionnelle intégrait l’âge, la force et le tonus de chaque individu, rappelant qu’il n’existe pas de règle stricte mais une façon «écologique» de faire l’acte d’amour. Peut-on transposer ces règles d’hygiène sexuelles et érotiques au traitement de l’éjaculation précoce? Masters et Johnson n’ont pas hésité, avec un certain succès. Mais il est parfois salutaire de retourner aux sources. Vingt cinq pour cent des hommes contemporains sont concernés.

Un excellent article donc à méditer quand on prescrit un IRS, une technique comportementaliste type Masters et Johnson ou du Sexocorporel de Desjardins. Une simplification des techniques comportementalistes du périnée et de la respiration, avec préservation de la dimension érotique, sans oublier de réintégrer le «symptôme» éjaculation précoce dans une dimension sexologique et conjugale élargie.

Les ouvrages sur le sujet ne manquent pas (dont un, référencé de De Carufel) mais c’est bien de la foison d’informations sur Internet où le meilleur côtoie le pire dont il faut mettre en garde les patients.

Retenons qu’une prescription médicamenteuse ne saurait se passer d’une approche corporelle périnéale… C’était déjà dit, il y a 3000 ans!