Traitements pharmacologiques

Un traitement efficace de l’hypersexualité

D’aprés M R. Safarinejad (Teheran), J. Sex. Med. 2009

Analyse par le Pr Jean Jacques Legros, Chargé de cours honoraire d’Endocrinologie a l’Université de Liège, Belgique

L’hypersexualité est un des comportements les plus embarassants à la fois pour les patients et leur famille et il n’y a pas de traitement reconnu et standardisé jusqu’à présent. Sur le plan endocrinien, l’efficacité d’un traitement par analogue de la GnRH (triptoreline) a été testée chez l’homme âgé présentant une hypersexualité non déviante (« nonparaphilic »).

L’étude a porté sur 76 hommes d’âge moyen (44.4 ans) ayant reçu une injection intramusculaire de 3.75 mg de triptoreline pour une période d’au moins six mois. Pendant le traitement, la LH, la FSH, la prolactine, la testostérone ainsi que sa forme libre ont été mesurés mensuellement et la densité minérale tous les six mois. Le nombre moyen de tentatives sexuelles a diminué de 7.6 +/- 1.4 par jour au départ à respectivement 4.2 +/- 1.2 1.2 + 0.4 et <1 par semaine après 6, 12 et 24 mois. Les réponses aux questions 11 et 12 de l’IIEF ont également significativement diminué de 6.8 à 0.7 et de 6.6 à 0.7 respectivement.

Les auteurs démontrent que la réponse au super agoniste est d’autant plus importante que l’hypersexualité était marquée (R = - 0.62, p = 0.01) et en rapport avec la durée du traitement (R = 0.78, p = 0.01). Il est intéressant de noter que l’effet bénéfique a persisté six mois après l’arrêt du traitement chez tous les hommes traités pendant au moins 24 mois. Bien entendu, les niveaux de LH, FSH diminuent significativement dès la deuxième dose de triptoreline : après trois mois, le taux de testostérone est diminué de 50% en moyenne chez les patients (p = 0.01).

L’auteur en conclut que la triptoreline est très efficace et bien tolérée chez l’homme souffrant d’hypersexualité mais admet que des études complémentaires sont nécessaires pour répliquer ces résultats.

Une des faiblesses importantes de cette étude est bien entendu l’absence de double-aveugle : on peut comprendre que, dans des conditions d’«hypersexualité délictueuse », le double aveugle soit difficile à réaliser (encore qu’une comparaison avec l’acétate de Cypropterone pourrait être envisagée) ; une des faiblesses du travail actuel, et ceci est souligné par l’auteur d’ailleurs, est que l’hypersexualité « non paraphilic » définie essentiellement comme une activité excessive pouvant inclure des relations extraconjugales, de la prostitution, de la pornographie et de la masturbation compulsive, est néanmoins difficilement quantifiable.

On aurait également apprécié une discussion concernant la sécurité que constitue une injection « retard » versus la prise orale plus difficilement contrôlable.

Une discussion concernant les effets secondaires en particulier dépressogene, aurait également été bienvenue.

Quoi qu’il en soit, cette étude constitue un départ intéressant dans l’utilisation plus large des super agonistes LRH dans les troubles d’hypersexualité déviants ou non déviants chez l’homme.