Traitements pharmacologiques

La Dapoxetine : un nouveau traitement efficace et bien toléré de l’Ejaculation Prématurée. Résultats du premier essai mené en Europe.

D’après Buvat J et al, European Urology, 2009;55:957-968

Analyse par Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

Développée dans le traitement de l’éjaculation prématurée (EP), la dapoxétine avait déjà fait l’objet de travaux aux USA démontrant sa bonne tolérance et son efficacité (1, 2). Bien qu’il s’agisse d’une molécule de la classe des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS), la dapoxétine se démarque franchement des anti-dépresseurs IRS utilisés de longue date dans le traitement de l’EP par son absence d’activité anti-dépressive, et par sa pharmacocinétique :absorption rapide, pic de la concentration plasmatique à environ 1 heure, élimination rapide, 95% dans les 24 heures, ce qui la rend particulièrement adaptée à la prise à la demande, et permet d’éviter certains inconvénients des anti-dépresseurs IRS à demi-vie longue comme le syndrome de sevrage.

L’objectif de cet essai clinique était d’étudier l’efficacité et la tolérance de la dapoxetine à long terme.

Il s’agit d’une étude de phase III, en double aveugle, randomisée, contre placebo et avec groupes parallèles. Conduite dans 22 pays, dont la France, elle a inclus 1162 hommes de plus de 18 ans, souffrant d’Ejaculation Prématurée selon les critères de diagnostic du DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, fourth edition). Tous avaient une relation hétérosexuelle stable, souffraient d’EP depuis plus de 6 mois et avaient, au début de l’étude, un temps de latence d’éjaculation intravaginale (ou intravaginal ejaculatory latency time = IELT) < ou = 2 minutes dans plus de 75% de leurs rapports sexuels.

Les patients ont reçu pendant 24 semaines, 1 à 3 H avant l’acte sexuel, à dose fixe durant toute l’étude, soit du Placebo, soit 30 mg, soit 60 mg de dapoxetine .

L’efficacité à été évaluée par la mesure chronométrée de l’IELT par la partenaire, et par des questionnaires complétés par les patients permettant d’évaluer de façon objective les autres paramètres de l’EP : (Premature Ejaculation Profile (PEP) qui quantifie chez le patient l’impression de contrôle de l’éjaculation, la satisfaction qu’il tire de son activité sexuelle, la souffrance psychologique que lui cause son problème, et des difficultés interpersonnelles qui en résultent dans son couple), et l’impression du patient quant à la réalité d’un bénéfice pour lui du traitement (Clinical Global Impression of change (CGI)). Une version féminine du Premature Ejaculation Profile a aussi été administrée au cours de cette étude, mais ses résultats feront l’objet d’une autre publication.

Les principaux résultats

  •  618 hommes ont terminé l’étude
  •  l’IELT s’est amélioré sous dapoxetine, passant de 0,9 min au début de l’étude (pour les 3 groupes) à 1,9 min sous placebo, 3,2 min sous dapoxetine 30 mg et 3,5 sous dapoxetine 60 mg, à la fin de l’étude
  •  L’amélioration de chacun des 4 scores du PEP et celle de l’IELT ont été significatives sous dapoxetine versus placebo à 12 sem et à 24 semaines de traitement (p < 0,001 pour tous)
  • Les principaux effets indésirables ont été : nausées, sensations vertigineuses, diarrhée et céphalées
  •  Ces effets secondaires ont conduit à l’interruption du traitement chez 1,3 % des patients sous placebo, 3,9 % des patients sous 30 mg et 8,2 % des patients sous 60 mg

Discussion

Cette étude présente plusieurs points forts : sa méthodologie irréprochable, le grand nombre de patient inclus sur une longue durée et surtout une évaluation de l’éjaculation prématurée, symptôme subjectif, par une méthode de mesure objective et reproductible

Nous pouvons cependant relevé certaines limites : les patients inclus étaient tous dans une relation stable et hétérosexuelle et surtout l’absence d’évaluation séparée des hommes souffrant d’EP primaire et ceux souffrant d’EP acquise. En effet, ces deux formes d’EP pourraient avoir des physiopathologies différentes. L’EP primaire (dont la définition récente par l’ISSM est présentée par l’article Dr Buvat dans le Bulletin SFMS N°1) étant souvent rapportée à des éléments, neurobiologiques ou génétiques, alors que l’EP acquise oriente souvent vers des causes psychologiques, relationnelles ou la survenue d’une pathologie organique (hyperthyroidie, prostatite…).

Quoiqu’il en soit, la dapoxetine a montré, dans cette étude, une efficacité significative dans les deux types d’EP.

Par ailleurs, la bonne tolérance de cette molécule appartenant à la classe des IRSs devrait rassurer certains prescripteurs ayant déjà l’habitude d’utiliser, hors AMM, d’autres molécules de cette même classe thérapeutique pour aider les patients souffrant d’EP.

Conclusion

La prise en charge thérapeutique de l’EP ne bénéfice pas de consensus comme celle de la dysfonction érectile. Cette prise en charge doit tenir compte bien évidemment des éléments psychologiques, comportementaux et relationnels. Cependant, l’utilisation d’une thérapeutique médicamenteuse comme la dapoxetine, bien tolérée et efficace, pourrait représenter une alternative thérapeutique chez certains patients et en particulier chez ceux qui ne sont pas améliorés par les sexothérapies ou dont l’IELT est tellement court (quelques secondes ou même éjaculation ante-portas) qu’il ne permet pas de les mettre en oeuvre, ou qui les refusent. Mais l’avenir se situe très probablement au niveau des traitements combinés, médicament + accompagnement sexothérapique ou au minimum coaching sexuel, tels qu’ils se sont imposés dans le traitement de la dysfonction érectile.

La demi-vie courte du produit et le fait qu’il ait été développé spécifiquement pour l’indication de l’EP et ne soit pas un anti-dépresseur pourront constituer des avantages spécifiques pour certains patients.

La dapoxétine est commercialisée depuis peu dans 6 pays européens sous le nom de Priligy®. Les pays les plus proches (nombre de patients français nous posent déjà la question pour s’en procurer) sont l’Allemagne et l’Italie. Elle sera probablement disponible en France d’ici un an ou deux.

  1.  Pryor JL, Althof SE, Steidle C, et al. Lancet 2006; 368:929–37. Efficacy and tolerability of dapoxetine in the treatment of premature ejaculation: integrated analysis of two randomized, double-blind, placebo-controlled trials.;
  2.  Kaufman JM, Rosen RC, Mudumbi RV, Tesfaye F, Hashmonay R, Rivas D. . BJU Treatment benefit of dapoxetine for premature ejaculation: results from a placebo-controlled phase III trial Int. In press. doi:10.1111/j.1464- 410X.2008.08165.x.