Société

Rencontrer des partenaires sexuels par Internet : y a-t-il un risque plus élevé d’Infection Sexuellement Transmises ?

Analyse par Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

D’après l’article de A A Al-Tayyib et col, Sex Transm Infect. 2009; 85(3):216-220

Depuis une dizaine d’années, le nombre de sites de rencontres sur Internet ne cesse d’augmenter et leur utilisation ne cesse de s’élargir.

Ce type de rencontres est habituellement considéré comme étant « à risque ». Il s’agit en particulier du risque plus élevé de rencontrer un(e) partenaire infecté(e) par le VIH ou une autre Infection Sexuellement Transmissible (IST) et en conséquence d’en être contaminé.

Cependant, peu d’études ont évalué directement l’association entre rencontrer un(e) partenaire par Internet et le risque d’IST.

C’est dans le but de mieux évaluer ce risque que cette étude a été réalisée. Pour cela les auteurs ont interrogés, entre août 2006 et mars 2008, les patients consultant dans un centre médical (le Denver Metro Health Clinic) en se limitant à ceux et celles chez qui une recherche de Chlamydia trachomatis (Ct) et/ou Neisseria gonorrhoeae (Gc) a été effectuée. Les analyses ont été faites dans l’ensemble de la population correspondante, mais aussi dans 3 sous-populations définies comme suit : hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), hommes ayant des relations sexuelles avec des femmes (HSF) et femmes (chez qui l’orientation sexuelle n’a pas été précisée)

Principaux résultats

  • 14 955 sujets ont bénéficié d’une recherche d’infection à Ct et/ou Gc
  • parmi eux 2802 (19 %) avaient un test positif (et étaient donc infectés)
  • la prévalence de cette infection était légèrement variable selon l’orientation sexuelle : 17 % chez les HSH, 21 % chez les HSF et 16 % pour les femmes
  • 339 HSH (23 %), 192 HSF (3 %) et 98 femmes (2 %) rapportaient avoir eu des rapports sexuels avec une personne rencontrée par Internet au cours des 4 derniers mois
  • l’estimation de l’association entre des rapports sexuels récents avec une personne rencontrée par Internet et l’infection actuelle par Ct/Gc n’était pas significative pour les HSH (Risque Ratio RR : 1,12, avec intervalle de confiance IC à 95 % 0,84 à 1,49) ni pour les femmes (RR 0,81, IC 95%) 0,45 à 1,48
  • cette association paraissait même significativement « protectrice » chez les HSF (RR : 0,66, IC 95 % 0,44 à 0,98)

Discussion

Cette étude présente quelques limites :

  • la population étudiée ne peut pas permettre de généraliser les résultats du fait de la spécificité des personnes consultant pour des IST comme la Gc et Ct
  • l’absence de questionnaire standardisé expose à une variabilité de la façon dont la question est posée d’un clinicien à un autre
  • les auteurs n’ont utilisé qu’seule question interrogeant sur la rencontre d’une personne par Internet sans précisions sur le type de relation établie (ponctuelle ou suivie), le nombre de personnes rencontrées, ni le type du site ayant permis cette rencontre

Malgré ses limitations méthodologiques, cette étude amène à douter de la réalité du risque d’IST lors de la rencontre d’un(e) partenaire sexuel par Internet. Ce doute avait déjà été exprimé par d’autres études mais qui ne concernaient que les HSH et le risque spécifique du VIH (1-4)

Cette discordance entre les résultats de cette étude et l’idée reçue d’un risque accru d’IST après rencontre par Internet pourrait aussi s’expliquer par la diversité du comportement des Internautes utilisant internet pour faciliter des rencontres.

Les auteurs soutiennent ainsi l’idée que le risque d’être contaminé par une IST suite à une rencontre sexuelle par Internet ne dépend pas du simple fait que la rencontre ait eu lieu sur Internet mais devrait tenir compte de la façon dont la relation a ensuite été gérée. Deux exemples sont cités pour objectiver cette différence de comportement :

  • dans certaines « chat-rooms», et en particulier pour les couples échangistes et les HSH, le contact par Internet peut être rapidement concrétisé par une rencontre réelle et une activité sexuelle. Dans une telle situation, le risque d’IST serait plus élevé
  • sur d’autres sites de rencontres, une véritable relation s’installe parfois entre deux internautes, avec des échanges pendant plusieurs semaines voire plus, durant lesquels les deux internautes en contact se sentent progressivement en confiance pour s’interroger mutuellement sur leurs comportements sexuels, l’utilisation des préservatifs, voire même leurs statut sérologiques (VIH). De telles situations seraient à faible risque d’IST

Enfin, n’oublions pas que des messages de prévention rappelant le risque d’IST et l’intérêt d’utiliser les préservatifs sont de plus en plus présents sur les sites des rencontres et pourraient aussi contribuer à expliquer la prudence de certains Internautes.

Quoiqu’il en soit, les résultats de cette étude méritent d’être confirmés, et les hypothèses de travail qu’ils ont générés testées par des recherches ultérieures. Les prochaines évaluations devraient en particulier répertorier les différentes stratégies comportementales utilisées par les internautes pour finaliser leur rencontre après son initiation sur Internet et les différencier de façon à préciser celles pouvant représenter un risque élevé d’IST. Cela permettrait très probablement de mieux cibler les messages de prévention.

  1.  Chiasson MA, Hirshfield S, Remien RH, et al. A comparison of on-line and off-line sexual risk in men who have sex with men: an event-based on-line survey. J Acquir Immune Defic Syndr 2007;44:235–43.
  2.  Horvath KJ, Rosser BR, Remafedi G. Sexual risk taking among young internet-using men who have sex with men. Am J Public Health 2008;98:1059–67
  3.  Bolding G, Davis M, Hart G, et al. Gay men who look for sex on the internet: is there more HIV/STI risk with online partners? Aids 2005;19:961–8.
  4.  Grov C, Parsons JT, Bimbi DS. Sexual risk behavior and venues for meeting sex partners: an intercept survey of gay and bisexual men in LA and NYC. AIDS Behav 2007;11:915–26.