A propos du traitement de la maladie de Lapeyronie par la Collagénase Clostridium Histolyticum (CCH) (Xiapex°) et de ses risques

Article de Ronald Virag et Hélène Sussman, Paris, France


Fig 1 : Hématome nécrotique du gland 6 jours après une injection de Xiapex° site à un hématome diffus sous glandulaire (dossier personnel)

De nombreux traitements mini-invasifs (ondes de choc, injections locales de cortisone, vérapamil, interféron, et plus récemment PRP et acide hyaluronique[i])de la maladie de Lapeyronie ont été essayés pour éviter le recours à la chirurgie. Seul le Xiapex® a obtenu une AMM aux Etats Unis et dans certains pays d’Europe.

Les urologues français attendent une autorisation et un hypothétique remuboursement (aux Etats-Unis 3400 dollars et en Suisse environ 1000 € l’ampoule sachant qu’une moyenne de trois fois deux injections est recommandée pour un traitement complet).

Le principe est d’injecter, à l’aveugle le CCH là ou l’angulation est maximale. Une réduction de l’angulation moyenne de 19° a  été obtenue dans les études initiales ( voir figure 4 de ref1 ). Le traitement n’est pas sans complications :  hématomes sévères et rupture des corps caverneux ;  et deux articles récents y font référence[ii] et [iii], faisant état des risques et complications colligés chez les utilisateurs membres de la société Nord Américaine de Médecine sexuelle (SMSNA). Cent d’entre eux ont répondu, dont 41 avait pratiqué plus 20 cycles d’injections. La plupart (93%) ont observé des hématomes plus ou moins étendus et comme le fait remarquer Levine, sans rapport avec la quantité de liquide minime injectée. Il suggère une réponse histaminique  aux fragments de collagène libérés après l’injection de CCH.

A titre personnel, ayant pratiqué ce traitement à cinq reprises, nous avons constaté que ces hématomes paraissaient d’une grande fréquence et surtout semblait sans rapport par leur étendu et diffusion, avec la très modeste quantité de produit injecté (figure 1).

Plus d’un tiers des utilisateurs américains ont constaté des ruptures de l’albuginée avec les mêmes conséquences qu’une rupture spontanée. Dans 38% dans les 5 jours suivant un rapport sexuel qualifié de vigoureux (?) et 31% lors d’une érection spontanée nocturne ou matinale. La rupture est localisée sur la plaque traitée et à fait l’objet d’une réparation chirurgicale dans 67% des cas. Dans son intéressant et copieux commentaire, Levine [iii] va plus loin et questionne l’efficacité même du traitement puisque la seule étude indépendante ne trouve que 38% d’amélioration identique à la moyenne des études IMPRESS. Il évoque une sélection insuffisante des patients et peut être la nécessité d’augmenter les quantités et les zones à injecter. Un autre écueil survient alors : le coût du CCH comme mentionné plus haut.

Nous voudrions ajouter pour terminer, un commentaire supplémentaire : l’absence d’utilisation de l’échographie pénienne  nous étonne énormément ; d’une part dans l’évaluation de la maladie, dans le contrôle de son évolutioni, et surtout dans la pratique du traitement, l’échographie permettant de parfaitement visualiser la zone injectée et éviter comme nous l’avons constaté des injections de CCH intracaverneusei

Références

[i] R.Virag, H.Sussman, S.Lambion, V de Fourmestraux Evaluation of a combination of autologous platelet rich-plasma and hyaluronic acid for the treatment of Peyronie’s disease Sex Health Issues, 2017 doi :10.15761/SHI1000102

[ii] Yafi FA et al. Results of SMSNA survey regarding complications following intralesional injection with clostridium collagenase histolitycum for Peyronies disease Sex Med 2016,13, 684-9)

[iii] Levine L Complications and other concerns with intralesional injection therapy with collagenase clostridium histolyticum for Peyronie’s disease Transl Androl Urol 2017 6 120-122  doi 1021037/tau.2017.01.03