L’utilisation régulière d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) serait associée à la Dysfonction Érectile (DÉ)

Analyse par le Dr Hélène Dugré, médecin de famille et psychologue, Unité des Dysfonctions Sexuelles, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Canada

de l’article « Regular Nonsteroidal Anti-Inflammatory Drug Use and Erectile Dysfunction » de Gleason JM, Stezak JM, Jung H, Reynolds K, Eeden SK, Haque R, Quinn VP, Loo RK, Jacobsen SJ, Journal of Urology 2011, Publication en ligne du 18 Fevrier 2011, en avance de la publication imprimée

 


Résumé

Objectif: Des données antérieures suggèrent une relation possible entre l’inflammation et la dysfonction érectile. S’il s’agit d’un lien causal, les AINS devraient être inversement associés à la DÉ. Pour élucider cette question, cette étude a examiné l’association entre l’utilisation des AINS et la dysfonction érectile dans une large cohorte multiethnique d’hommes recrutés dans la California Men’s Health Study.

Matériel et méthodes : Cette étude de cohorte prospective, débutée en 2002 et fondée sur l’observation, recrutait des hommes âgés entre 45 et 69 ans, membres du plan de santé du Kaiser Permanente. La dysfonction érectile était évaluée au moyen d’un questionnaire. L’exposition aux AINS était déterminée par les informations fournies à la fois par les pharmacies et par les sujets.

Résultats : Parmi les 80,966 hommes inclus dans l’étude, 47,7% étaient considérés des utilisateurs d’AINS selon les définitions retenues et 29.3% rapportaient une dysfonction érectile modérée ou sévère. L’utilisation d’ AINS et la DÉ présentaient une forte corrélation avec l’âge, l’usage régulier augmentant de 34.5% chez les 45 à 49 ans à 54.7% chez les 60 à 69 ans alors que la DÉ augmentait de 13 à 42%. Le risque relatif non ajusté de l’association des AINS et de la DÉ était de 2.40 (95% intervalle confiance «IC»2.27- 2.53). Après les ajustements pour l’âge, la race/ethnicité, le statut fumeur, le diabète, l’hypertension, l’hyperlipidémie, la maladie vasculaire périphérique, la maladie coronarienne et l’indice de masse corporelle, une association positive persistait ( RR ajusté : 1.38). Cette association demeurait après une définition plus stricte de l’exposition aux AINS.

Conclusions : Ces données suggèrent que l’utilisation régulière d’AINS est associée à la dysfonction érectile au-delà des prédictions fondées sur l’âge et les comorbidités.

Analyse : Un auteur de l’étude, S. Jacobsen, MD, PhD, épidémiologiste et directeur du centre de recherche du Kaiser Permanente à San Diego, rapportait lors d’un communiqué de presse que « cette étude est un bel exemple de notre travail visant à comprendre l’innocuité et l’efficacité de nos recommandations auprès de nos patients. Bien que cette étude soulève la question du rôle de l’inflammation et de la COX ( cyclo-oxygénase) dans les mécanismes étiologiques de la DÉ, nous ne pouvons exclure des explications alternatives. Toutefois, si cela est en lien direct, la stratégie actuelle d’utiliser des AINS pour la protection cardiovasculaire ou d’autres conditions courantes doit être évaluée en fonction des effets secondaires potentiels de dysfonction érectile. Des études sont nécessaires pour élucider plus en détail cette association. »

Les résultats de cette étude supportent les conclusions d’une étude finlandaise antérieure publiée dans le Journal of Urology, (volume 175, Issue 5, Mai 2006) à l’effet que l’utilisation d’AINS augmentait le risque de dysfonction érectile et que cet effet était indépendant de l’indication.

Cette association positive entre les AINS et la DÉ soulève de nombreuses interrogations quant aux mécanismes physiologiques sous-jacents des effets de ces drogues. Avant de recommander l’usage régulier d’AINS, le praticien doit évaluer les bénéfices potentiels versus les effets secondaires possibles sur la santé globale du patient.

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